Valoriser les services en ligne / Camille Meyer

Comment valoriser les services en ligne ? Cette question en recèle d’autres : Que ce soit par l’entremise du site web de la bibliothèque ou des réseaux sociaux, comment donner envie aux usagers de consulter les ressources de la bibliothèque ? Pour trouver des solutions à ces problèmes, il est d’abord proposé d’évoquer, en guise de retour d’expériences, les échecs rencontrés des bibliothécaires en la matière.

Premier exemple : L’effort de formation de la BU d’Angers en direction des étudiants de licence pour promouvoir les revues en lignes souscrites par la bibliothèque s’est révélé infructueux. Les statistiques révèlent que les dites ressources ne sont presque pas consultées par ces publics. C’est une calamité, un échec patent si l’on considère le prix de ces ressources et l’effort des formateurs. L’investissement de la bibliothèque pour constituer une bibliothèque numérique est mis à mal.
Mais qu’entend-on par bibliothèque numérique ? demande-t-on.
Historiquement, les bibliothèques numériques sont conçues comme un corpus de revues en ligne, ou d’ouvrages en ligne.
A ce propos, le SCD de l’Université Paris 6 a mené une politique de valorisation d’un corpus important d’ouvrages en ligne. Mais ces ouvrages numériques demeurent peu consultés. Comment expliquer cette faible consultation ? Ces ouvrages ne sont pas localisés dans le SUDOC, alors qu’il a fallu des années pour les mettre en ligne. L’ABES mène néanmoins depuis quelques années une politique de chargement des notices de livres électroniques dans le SUDOC.

Une ressource qui plaît au public n’a pas besoin d’être valorisée. Les usagers d’une école d’ingénieur trouveront eux-mêmes l’accès en ligne aux techniques de l’Ingénieur sans qu’aucune formation ne leur soit dispensée, car cette ressource leur est essentielle.
Une ressource phare conquiert elle-même ses publics, sans que soir nécessaire l’effort de médiation des bibliothécaires. Il n’en est pas de même pour 800 ouvrages disséminés en ligne, non signalés dans les catalogues.
Mais mettre dans un catalogue, est-ce valoriser ? Que signifie valoriser ? Diffuser l’information le plus largement possible, certes, mais valoriser, est-ce seulement mettre dans le catalogue ?

Après avoir évoqué les échecs, demandons-nous ce qui fonctionne. Comment valoriser efficacement les ressources en ligne ?
Il est rappelé la difficulté de valoriser des ressources peu cohérentes comme les e-books dont la diversité des modalités de téléchargement, variables en fonction des éditeurs, dissuade toute entreprise de valorisation homogène.
Pour de telles ressources, les bibliothécaires doivent exiger des éditeurs une offre plus adaptée. C’est l’entreprise qu’avait mené le groupe e-books de Couperin, en publiant les 10 commandements à l’éditeur d’e-books : pour une offre idéale

Le problème majeur de l’offre numérique est lié à son hétérogénéité. Pour la bibliothèque en ligne, le risque est d’avoir plusieurs silos, mais pas de point d’entrée unique. On en revient à la nécessité d’indexer ces ressources de manière unifiée dans le catalogue. Un effort préalable à la formation des étudiants. Mais comment faire en sorte que la formation atteigne sa cible ? Par quel biais, par quel vecteur, les étudiants se décident à consulter les ressources de la bibliothèque ? Le bouche à oreille joue un rôle majeur.
Les enseignants aussi jouent un rôle prescripteurs, et ont peut-être plus de légitimité vis-à-vis des étudiants que les bibliothécaires. Raison de plus pour former aussi les enseignants et d’envisager plus de coopération avec eux
Par quels autres moyens valoriser les ressources en ligne ?
La rédaction de courts articles de promotion des ressources sur le site web de la bibliothèque s’avère efficace pour toucher la cible que constituent les étudiants, à condition toutefois de prendre en compte le contexte et le rythme de la vie universitaire jalonnée par les examens.
Autre façon de valoriser les ressources : le portail documentaire doit proposer des ressources connexes à la ressource recherchée. Il serait bon de mettre en oeuvre une politique de renvois, de rebonds et de tags, en s’inspirant des sites de médias et de commerce en ligne pour mieux orienter les usagers.
Mais si l’étudiant ne vient pas vers les ressources de la bibliothèque, comment faire pour que ces ressources viennent à lui ? Communiquer de manière ciblée vers des groupes d’étudiants, relier les ressources connexes par des liens idoines, telles sont les pistes envisagées.
On rappelle l’efficacité des blogs de bibliothèque au vu de la pérennité de ce qui est publié en ligne. Cette valorisation là a un effet de niche plus qu’un effet de masse.
La valorisation passe aussi par les réseaux sociaux comme Babelio, et les univers netvibes, s’ils sont alimentés régulièrement.
En dépit du risque de cessation des médias sociaux, l’enjeu est de développer une stratégie d’intégration et d’articulation entre les outils traditionnels et les nouveaux médias.
Et les screencast ? Peuvent-ils lever le défi de la valorisation ? A la bibliothèque de Liège, ces outils apparaissent pertinents s’ils visent un public spécifique.
A l’ENSAM, les vidéos de 2-3 minutes sur les ressources électroniques ont facilement atteint leur public en suscitant des retours positifs. D’une manière générale, les formations atteignent leurs publics lorsqu’elles sont bien ciblées, comme le sont les formations pour les doctorants.
Et du côté des bibliothèques municipales ? A la BDP de l’Orne, les médias sociaux marchent, tout comme les podcasts, mais ils ne sont pas diffusés sur le site de la bibliothèque.
Quid des liseuses ? Pourquoi ne pas s’entendre avec les étudiants pour proposer des liseuses chargées ? A la bibliothèque municipale d’Issy-les-Moulinaux, après un an de prêt d’e-book, le retour est mitigé. Beaucoup d’investissement, mais peu de consultation. Conclusion ? L’usager n’ira pas forcément télécharger lui-même les contenus. Le mieux est de lui présenter une offre soignée, en faisant la passerelle entre l’offre papier et l’offre en ligne. Dans cette optique de médiation, les liseuses pourraient offrir, non seulement des ouvrages, mais aussi des contenus pédagogiques. La bibliothèque est elle aussi productrice de contenus et devrait pourvoir une offre éditoriale cohérente et ciblée vers ses usagers, par exemple des annales d’examens ou des données sur les concours.
Le SCD de Nancy a mis en ligne des sites de valorisation thématique dans des domaines très précis. Le blog sur l’orthophonie a connu beaucoup de succès. Valorisant les collections de la bibliothèque en la matière, l’enjeu est surtout de proposer une veille sur les outils des orthophonistes. Le but du jeu n’est pas de former mais de mettre à disposition des outils et des contenus pour un public spécifique.
Si l’on parle souvent de mettre en ligne des avis de lecteur sur les portails documentaires, pourquoi ne pas y mettre aussi des avis de professionnels ? Cette valorisation peut se faire aussi hors ligne. En collant par exemple les avis des bibliothécaires sur les livres, à l’instar des libraires. La valorisation des ressources en ligne passe aussi par les ressources papier. Le lien doit être maintenu entre les collections physiques et numériques pour une valorisation synchrone des collections de la bibliothèque.

CR : Camille Meyer

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3 commentaires pour Valoriser les services en ligne / Camille Meyer

  1. B&C dit :

    En fait à Issy les liseuses sont toujours constamment empruntées…

  2. NaKi dit :

    Juste un commentaire à propos de l’effort de formation en licence à Angers. Je crois savoir que MxSz, nouveau venu au SCD, parlait dans l’absolu.
    Nous n’avons pas encore vraiment évalué à Angers l’impact des formations en L sur l’utilisation des bases de données et autres revues en ligne. Mais, évidemment, la question me paraît légitime, la réponse moins évidente…

  3. Ping : Ateliers in Angers | Frankophone bibliothekarische Weblogs

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